Crohn·ique

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Fiche 15 au quotidien 10 min de lecture

Le lexique : parler couramment le gastro-entérologue

Plus de 70 termes décodés — de « anastomose » à « vidéocapsule » en passant par les scores, les traitements et la paperasse. Le dictionnaire de survie en consultation.

Les comptes-rendus médicaux sont écrits dans une langue qu’on finit par apprendre malgré soi. Voici le dictionnaire de poche, qui s’allonge au fil des consultations.

A

  • Abcès : poche de pus formée quand une infection est cloisonnée par l’organisme. Douleur pulsatile + fièvre = drainage, pas patience. Voir la fiche complications.
  • AERAS (convention) : dispositif français « s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé », qui encadre l’assurance de prêt quand on a une maladie chronique.
  • ALD (Affection de Longue Durée) : statut qui déclenche la prise en charge à 100 % des soins liés à la maladie. Se demande via le médecin traitant.
  • Anastomose : la « couture » chirurgicale entre deux segments d’intestin après une résection. Zone surveillée de près, car c’est là que la récidive apparaît le plus souvent.
  • Anémie : manque de globules rouges ou d’hémoglobine — souvent par carence en fer (on parle de carence martiale) ou en vitamine B12. Grande pourvoyeuse de fatigue.
  • Anti-intégrine : biothérapie qui empêche les globules blancs de migrer vers l’intestin (védolizumab). Action ciblée sur le tube digestif.
  • Anti-interleukines : biothérapies qui bloquent les interleukines 12 et/ou 23, messagers de l’inflammation (ustékinumab, risankizumab).
  • Anti-TNF : famille historique de biothérapies bloquant le TNF-alpha (infliximab en perfusion, adalimumab en stylo). En France, première ligne de biothérapie.
  • Aphtes : petites ulcérations douloureuses, dans la bouche notamment. Peuvent accompagner les poussées.
  • Azathioprine : immunosuppresseur de la famille des thiopurines, en comprimés. Long à agir, surveillance sanguine régulière.

B — C

  • Biopsie : minuscule prélèvement de tissu réalisé pendant une endoscopie, analysé au microscope. Indolore.
  • Biosimilaire : « générique » d’une biothérapie dont le brevet a expiré. Efficacité et sécurité équivalentes, coût moindre — passer sur un biosimilaire est une pratique normale et encadrée.
  • Biothérapie : médicament « biologique » (anticorps fabriqué en laboratoire) qui cible précisément une molécule de l’inflammation. Perfusion ou injection sous-cutanée.
  • Budésonide : corticoïde à action surtout locale sur l’intestin, mieux toléré que la cortisone classique. Privilégié dans les formes iléales légères à modérées.
  • Calprotectine (fécale) : protéine dosée dans les selles, détecteur de fumée de l’inflammation intestinale. Basse = intestin calme ; élevée = on regarde de plus près. L’examen de suivi le moins invasif qui soit.
  • Carence martiale : manque de fer. Très fréquente dans les MICI ; se corrige par voie orale ou perfusion selon la situation.
  • CDAI : score clinique historique d’activité de la maladie (Crohn’s Disease Activity Index), utilisé surtout dans les essais. En dessous de 150 : rémission clinique.
  • Cicatrisation muqueuse : disparition des lésions visibles en endoscopie. C’est l’objectif moderne des traitements, au-delà du simple confort — un intestin cicatrisé fait moins de complications.
  • Classification de Montréal : système standard pour décrire un Crohn : âge au diagnostic (A), localisation (L1 iléale, L2 colique, L3 iléocolique, L4 haute) et comportement (B1 inflammatoire, B2 sténosant, B3 fistulisant, « p » si atteinte périanale). Votre maladie a un code — demandez le vôtre.
  • Clostridioides difficile : bactérie responsable d’infections intestinales qui imitent une poussée. Recherchée systématiquement (analyse de selles) devant toute suspicion de poussée.
  • Cœlioscopie : chirurgie par petites incisions, caméra à l’appui. Suites plus simples qu’une grande ouverture ; devenue la norme quand c’est possible.
  • Colite : inflammation du côlon.
  • Coloscopie : l’examen de référence — caméra dans le côlon et la fin du grêle, sous anesthésie, avec biopsies. Le pire n’est pas l’examen, c’est la purge de la veille.
  • Combothérapie : association biothérapie + immunosuppresseur, plus efficace que chacun seul dans certaines situations (essai SONIC), au prix d’une surveillance accrue.
  • Coproculture : mise en culture des selles pour chercher une infection bactérienne.
  • Corticodépendance : impossibilité de baisser ou d’arrêter les corticoïdes sans rechute. Signal officiel qu’il faut renforcer le traitement de fond.
  • Corticorésistance : poussée qui ne cède pas malgré une corticothérapie bien conduite (environ 4 semaines). Là aussi : changement de stratégie.
  • CRP (protéine C-réactive) : marqueur sanguin d’inflammation, peu spécifique mais pratique pour le suivi.

D — F

  • Dénutrition : perte de poids et de réserves qui accompagne les poussées longues. Jamais anodine : elle se dépiste (poids, albumine) et se traite, y compris avant une chirurgie.
  • Dilatation endoscopique au ballonnet : gonfler un petit ballon dans une sténose courte pour la rouvrir, sans chirurgie. Peut se répéter.
  • Dysbiose : déséquilibre du microbiote intestinal, constant dans les MICI. Cause, conséquence, les deux ? La recherche tranche encore.
  • Endoscopie : exploration d’un conduit avec une caméra. Par le haut : fibroscopie. Par le bas : coloscopie.
  • Entéro-IRM : IRM dédiée à l’intestin grêle, sans rayons X. Cartographie lésions, sténoses et fistules ; demande de boire un produit de contraste avant.
  • Érythème noueux : boules rouges et douloureuses sur les tibias — manifestation cutanée possible des poussées.
  • Fibrose : cicatrice. Une paroi intestinale fibrosée est épaissie « en dur » : aucun médicament ne la fait régresser, d’où l’enjeu de traiter l’inflammation avant.
  • Fissure anale : déchirure superficielle du canal anal, douloureuse. Fréquente, à distinguer de la fistule.
  • Fistule : trajet anormal creusé par l’inflammation entre l’intestin et un autre organe ou la peau. Voir la fiche complications.
  • Fistulisant (phénotype) : forme de Crohn qui a tendance à creuser des fistules (B3 de Montréal). Marqueur de sévérité qui oriente vers un traitement fort d’emblée.

G — L

  • Granulome : petit amas caractéristique de cellules immunitaires, parfois retrouvé sur les biopsies. Quand il est là, il signe quasiment le Crohn — mais son absence n’exclut rien.
  • Iléite : inflammation de l’iléon.
  • Iléocolite : atteinte combinée iléon + côlon, la configuration la plus fréquente.
  • Iléon : dernière partie de l’intestin grêle, la zone la plus souvent touchée par Crohn — et le lieu d’absorption de la vitamine B12. Son voisinage avec l’appendice explique bien des diagnostics d’« appendicite » qui n’en étaient pas.
  • Iléostomie / colostomie : stomie faite à partir du grêle (iléo-) ou du côlon (colo-). Voir stomie.
  • Immunogénicité : capacité du corps à fabriquer des anticorps… contre le médicament biologique lui-même, le rendant moins efficace. Une des raisons de ne pas interrompre un anti-TNF n’importe comment.
  • Immunosuppresseur : médicament qui calme le système immunitaire dans son ensemble (azathioprine, méthotrexate).
  • Inhibiteur de JAK : « petite molécule » en comprimé qui bloque la signalisation de l’inflammation à l’intérieur des cellules (upadacitinib). Nouvelle vague de l’arsenal.
  • IPP (inhibiteur de la pompe à protons) : anti-acide gastrique. Utile en cas d’atteinte digestive haute, mais usage à garder mesuré dans les MICI.
  • LAP (lésions ano-périnéales) : atteintes de la région anale — fissures, fistules, abcès. Fréquentes, taboues, et relevant d’une prise en charge spécifique.

M — P

  • Méthotrexate : immunosuppresseur en injection hebdomadaire. Alternative aux thiopurines ; contraception obligatoire (tératogène).
  • MICI : Maladies Inflammatoires Chroniques de l’Intestin — la famille qui regroupe la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.
  • Microbiote : les milliards de bactéries qui peuplent l’intestin.
  • Muqueuse : couche interne de la paroi intestinale, celle qu’on inspecte en coloscopie.
  • Nutrition entérale exclusive : alimentation liquide complète (souvent par sonde), utilisée comme véritable traitement de poussée chez l’enfant, avec de bons résultats.
  • Occlusion : blocage du transit — plus rien ne passe, ni gaz ni selles, ventre douloureux et gonflé. Urgence, souvent sur sténose.
  • Phénotype : le « caractère » de votre maladie — inflammatoire, sténosant ou fistulisant (voir classification de Montréal). C’est lui qui guide la stratégie.
  • Poussée : période d’activité de la maladie, symptômes au rendez-vous.
  • Proctologue : le spécialiste de la région anale — l’allié indispensable en cas de LAP.

R

  • RCH (rectocolite hémorragique) : l’autre grande MICI — limitée au côlon et au rectum, atteinte continue et superficielle (Crohn : n’importe où, par segments, en profondeur).
  • Récidive post-opératoire (RPO) : retour de lésions après une chirurgie, typiquement sur l’anastomose. Sans prévention, quasi systématique à long terme en endoscopie — d’où traitement préventif, coloscopie de contrôle dans l’année, et zéro tabac.
  • Rémission : période d’accalmie. « Clinique » = plus de symptômes ; « profonde » = muqueuse cicatrisée en plus. La seconde protège mieux l’avenir.
  • Résection : ablation chirurgicale d’un segment d’intestin malade. La plus courante : la résection iléo-cæcale.
  • RQTH : Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (via la MDPH). Sécurise les aménagements de poste sans rien révéler du diagnostic à l’employeur.
  • Rutgeerts (score de) : score endoscopique qui grade la récidive post-opératoire sur l’anastomose (i0 à i4). À partir de i2, on renforce le traitement.

S

  • Séton : fil souple laissé dans le trajet d’une fistule anale pour la drainer en continu et empêcher l’abcès de se reformer, le temps que le traitement de fond agisse.
  • SES-CD / CDEIS : les deux scores endoscopiques standard pour chiffrer les lésions vues en coloscopie. C’est le « bulletin de notes » de votre muqueuse.
  • SII (syndrome de l’intestin irritable) : trouble fonctionnel réel et pénible, mais sans inflammation ni lésion. Peut coexister avec un Crohn — d’où l’intérêt de la calprotectine pour distinguer les deux avant d’escalader les traitements.
  • Sténose : rétrécissement d’un segment d’intestin, par inflammation (réversible) ou fibrose (mécanique). Voir la fiche complications.
  • Stomie : abouchement de l’intestin à la peau, avec poche de recueil. Le plus souvent temporaire dans le Crohn.
  • Stricturoplastie : geste chirurgical qui élargit une sténose sans retirer d’intestin — précieux pour économiser du grêle.
  • Syndrome de Koenig : crampes et ballonnements après les repas, soulagés par un épisode bruyant de débâcle — la signature clinique d’une sténose du grêle.

T — V

  • Taux résiduel : concentration du médicament biologique dans le sang juste avant la dose suivante. Se dose en cas de perte de réponse, avec les anticorps anti-médicament.
  • Thiopurines : la famille de l’azathioprine et de la mercaptopurine. Surveillance : prise de sang, peau (photoprotection).
  • Top-down / step-up : les deux stratégies de traitement — commencer fort d’emblée ou escalader progressivement. Le débat a sa fiche.
  • Transmural : qui traverse toute l’épaisseur de la paroi — la signature du Crohn, et l’origine de ses complications.
  • Treat-to-target (traiter vers une cible) : la doctrine moderne — fixer des objectifs mesurables (symptômes, calprotectine, cicatrisation), vérifier à date fixe, ajuster sans traîner.
  • Tuberculose latente : infection dormante recherchée systématiquement avant de démarrer une biothérapie (test sanguin + radio), car les traitements peuvent la réveiller.
  • Uvéite : inflammation de l’œil — rouge, douloureux, sensible à la lumière. Consultation rapide.
  • Védolizumab, ustékinumab, risankizumab, upadacitinib : voir anti-intégrine, anti-interleukines et inhibiteurs de JAK. Oui, les noms sont imprononçables ; c’est normal, tout le monde dit « mon traitement ».
  • Vidéocapsule : caméra en forme de gélule, avalée pour filmer l’intestin grêle là où la coloscopie ne va pas.
  • Vitamine B12 : absorbée dans l’iléon — donc à surveiller (et souvent à injecter) quand l’iléon est atteint ou opéré.
  • 5-ASA (mésalazine) : anti-inflammatoire intestinal, pilier de la RCH mais non recommandé dans la maladie de Crohn, ni en poussée ni en entretien.

Un terme absent qui vous intrigue dans un compte-rendu ? Notez-le pour la prochaine consultation — il n’y a pas de question idiote face à sa propre maladie.

À retenir

Comprendre le vocabulaire, c’est reprendre la main : un compte-rendu qu’on sait lire fait moins peur. Les cinq à connaître : calprotectine, poussée, rémission, phénotype, cicatrisation muqueuse — le reste s’apprend en route.

relu le 13 septembre 2026 — fiche informative écrite par un patient, pas un avis médical ✱